Hotel Levavasseur (1927) (Cherbourg )

situé entre la rue Dom Pedro et le boulevard Maritime, actuellement boulevard Félix Amiot.

 

Cité dans la revue « La construction moderne » [117]  du 23 Janvier 1927

« Le mouvement d'émigration vers l' Amérique s'étant beaucoup accentué depuis la guerre, les Compagnies de navigation anglaises qui fréquentent, le port de Cherbourg ont dû pourvoir au logement temporaire de cette catégorie de passagers, dont l'embarquement est soumis à des formalités que ne connaissent pas les riches occupants des cabines. L'hôtel que la Société anonyme de l'hôtel Atlantique a fait édifier à Cherbourg, à la suite de nombreux échanges de vues avec les dirigeants des Compagnies, a été conçu pour répondre aux besoins spéciaux de cette clientèle. Ce n'est pas un hôtel à voyageur ordinaire, en ce sens que n'y est pas admis qui veut. Il est spécialement réservé aux nombreux émigrants à destination de l'Amérique du Nord, qui sont tenus de subir, avant leur embarquement, des formalités nombreuses de désinfection et de contrôle exigées par le Service de Santé des Etats- Unis, qui possède un représentant à Cherbourg. … »

« En effet chaque émigrant, avant d'être admis à prendre passage sur un paquebot à destination de l' Amérique et arrivant à Cherbourg par voie de terre, doit être examiné sur place par le médecin du Service de  Santé et subir une quarantaine de quelques jours, jusqu'à ce qu'il soit prouvé qu'il n'est pas atteint du typhus exanthématique. 

Durant ce laps de temps, il doit être pourvu à tous ses besoins. Au total, on le Voit, un programme très particulier et très intéressant, qu'a su très habilement réaliser M. R.Levavasseur, architecte D. P. L. C à Cherbourg. L'hôtel Atlantique donc, bâti sur une surface couverte de 5.400 m2. et pouvant abriter 2.000 passagers, comporte 3 partie bien distinctes : le Quartier des Infectés (Infected Quarters), celui des désinfectés et la Direction…. »

« Les frontons et les allèges des baies du 1er étage sont décorés de mosaïques de grès de Gentil et Bourdet de tons ocre blanc et bleu »

[121] « C'est au début du XXe siècle, que Cherbourg devient un port d'émigration. En 1926, 70 paquebots de 11 compagnies différentes apportent en 816 escales plus de 80.000 émigrants en transit. Afin d'observer la quarantaine imposée par les Etats-Unis, les émigrants doivent rester une douzaine de jours sur place avant d'embarquer sur les transatlantiques. …

Pour loger tous ces gens, il est construit l'hôtel Atlantique financé par trois compagnies maritimes. Inauguré en 1922, le premier bâtiment héberge 2000 personnes à la fois. Ce complexe unique au monde apporte le meilleur confort possible pour l'époque - eau courante et eau chaude, baignoire pour les femmes et les infirmes, sanitaires et chauffage central….

Le nombre des émigrants diminue rapidement après 1929 pour devenir presque nul en 1938. Des travaux de reconversion en hôtel et petits appartements sont à peine terminés, que les bâtiments sont réquisitionné par l'armée allemande en juin 1940, puis transformés en quartier américain lors de la libération. Félix Amiot, constructeur naval à Cherbourg et propriétaire récupère les bâtiments dans un état pitoyable. Ils les fait restaurer, puis les utilise comme bureaux, logements pour son personnel et ateliers. Réhabilité et rénové, l'hôtel Atlantique abrite actuellement la chambre de commerce et d'industrie de Cherbourg ainsi que les bureaux d'administrations et d'entreprises locales…. »

« Sa décoration : L'hôtel Atlantique est construit en aggloméré de béton armé ainsi que les planchers, corniches et escaliers. Ses enduits extérieurs sont en béton teinté en ocre rosé. Les frontons et dessous des fenêtres du 1er étage sont décorés de mosaïque de grès ocre, blanc et bleu. …. Les sols du rez de chaussé étaient carrelés en grès rouge et blanc, ceux des étages parquetés ».

Participation dans la décoration extérieure en mosaïque et peut-être dans les sols en grès du rez de chaussée

Des sites [122], [123] donnent par ailleurs quelques précisions sur l’utilité de cet hôtel :

 

« Ces établissements avaient aussi (et peut-être surtout) pour but de limiter le temps de quarantaine (une semaine, voire plus) des passagers... et donc des navires lorsqu'ils arrivaient à New York, les Américains étant hantés par les épidémies. Un suivi sanitaire avant le départ de Cherbourg permettait de limiter le temps d'immobilisation des paquebots à l'arrivée... »

 

« Les émigrants y séjournent environ douze jours pendant lesquels ils subissent de rigoureux contrôles sanitaires et douaniers. Les compagnies apportent un soin vigilant à ces examens car elles doivent rapatrier les candidats à l'émigration dont l'entrée aux Etats-Unis est refusée par les services d'Ellis Island à New-York ».